Problématique du vote des réfugiés : « Ma position a été claire et sans ambiguïté », Florent Sokambi

Kangbi-ndara.com / Il est la coqueluche d’Alexandre Ferdinand Nguendet, président du conseil national de la transition (PCNT) également celle de l’ambassadeur de France Charles Malinas en Centrafrique  et se révèle de plus la petite voix discordante qui incite  l’ancien ministre d’Etat Karim Meckassoua à s’engager davantage en politique afin de mettre définitivement terme à « l’amateurisme, au tâtonnement et la médiocrité » politique en République centrafricaine. Le Conseiller national et probablement le candidat à la députation dans la circonscription de Sibut dans la Préfecture de la Kémo (Centre) Florent Yatibingui Sokambi dit aussi « la pierre d’achoppement du régime transitoire de Catherine Samba » se positionne en ce qui concerne le pointilleux  sujet de l’heure à savoir : le vote des réfugiés centrafricains de l’extérieur.

Monsieur Sokambi, selon vous, qu’est ce qui freine jusqu’ici la mise en application des fortes recommandations issues du forum de Bangui ?

IMG_20150709_120341En vous remerciant monsieur le journaliste pour cette question, je dirai sans hésiter que c’est la traditionnelle lourdeur administrative qui caractérise la transition. A cela il faut ajouter le manque de volonté politique et je dirai aussi le comportement de certaines autorités de transition qui pensent plus à sauver leur situation que de s’intéresser aux problèmes qui touchent la population.

L’Autorité nationale des élections (ANE) a, depuis plus d’une semaine, ouvert le registre des inscriptions sur la liste électorale mais bon nombre des centrafricains ne sont encore impliqués et que la problématique du vote des réfugiés reste irrésolue. Ne pensez-vous pas que ces situations pourraient impacter sur la bonne organisation et la suite des élections à venir ?

Je suis de ceux qui pensent que le dernier calendrier électoral proposé par l’ANE a suivi une marche forcée tant sur le plan national qu’international et c’est cela qui n’a pas échappé au peuple centrafricain qui a compris qu’il y a eu tromperie sur la marchandise. A mon avis c’est cela qui explique le manque d’engouement du peuple à aller s’inscrire. Néanmoins, en tant qu’acteur de la transition il est aussi de ma responsabilité d’appeler le peuple malgré le constat fait d’aller massivement se faire inscrire sur la liste électorale.

La question du vote ou non des déplacés externes met en ce moment à mal l’exécutif  et le conseil national de transition dont vous êtes membre. Faites-vous partie de la cohorte des conseillers nationaux qui défendent favorablement la prise en compte des réfugiés centrafricains dans le processus électoral déjà amorcé ?

Ma position a été claire et sans ambiguïté en faveur du vote des compatriotes qui par la force des choses se trouvent hors du territoire national. Ceci pour une double raison, la première répond aux différentes et pertinentes résolutions du conseil de sécurité des nations unies qui ont motivé la cour constitutionnelle à prendre la décision n°002 du 16 avril  2015 consacrant le vote des réfugiés. La seconde est un message à la fois d’espoir et politique à l’endroit de ces compatriotes qui sont déjà frappés par beaucoup de calamités en leur lançant ce message d’espoir qui consiste à dire que le pays ne les oublie pas et que tout sera mis en œuvre pour qu’ils retournent chez eux en Centrafrique. Mais aussi, éviter de prêter le flanc à certains esprits malins qui prendront prétexte de cette exclusion pour nous ressortir encore le démon de la partition et de la division.

Si l’on se refère aux multiples  supports de communication visibles dans  la ville de Bangui ces derniers temps, de nombreux ateliers sont en cours au niveau du conseil national de transition. Voudriez-vous nous briefer sur ses travaux ?

Très brièvement, j’ai à l’idée les trois derniers textes à savoir l’Avant-projet de la Constitution, la Cour pénale spéciale sur la RCA et la relecture du code électoral. 

A propos, en parlant de ces différents textes, vous passez pour certaines autorités centrafricaines de rebelle quant à vos prises de position contraires au régime transitoire présidé par votre tante (Catherine Samba-Panza). Qu’est ce qui explique votre opposition envers le pouvoir censé être le vôtre ?

Je me suis insurgé contre le fait de faire un rapprochement entre mes prises de position publique et mes liens supposés ou réels avec telle ou autre autorité de l’Etat. Seulement je constate que Kangbi-ndara est aussi têtu que moi c’est pourquoi j’espère que pour une dernière fois cette question ne va plus revenir en précisant deux choses : primo je fais remarquer que la République est au-dessus de la famille même si en tant qu’africain je reste très lié à la famille ; secundo, je suis moi-même autorité de la transition c’est-à-dire embarqué dans le même bateau c’est pourquoi je refuse de me considérer comme un opposant. Seulement, je passe pour être un prophète de malheur car, toutes mes prises de position et mes prédictions finissent toujours par se confirmer j’en veux pour preuve mes trois votes négatifs concernant l’Avant-projet de la Constitution, la Cour pénale spéciale et récemment la relecture du code électoral. C’est dire que lorsque je suis mis en écrasante minorité (parfois je me retrouve tout seul avec ma voix ou celles de mes collègues N’Gon Baba et Papeniah ), par mes collègues au CNT l’histoire finit toujours par me donner raison à travers la Cour Constitutionnelle. C’est aussi dire que lorsqu’on est sûr de ses convictions et de la justesse du combat à mener, il faut s’armer du courage et de résister aux obstacles.

De nos sources, vous êtes un des bras droits de l’ancien ministre d’Etat Karim Meckassoua et que vous seriez celui qui l’aurait poussé non seulement à se présenter à la présidentielle mais surtout à déclarer sa candidature aux élections prochaines. Qu’en dites-vous de ces allégations ?

Monsieur le journaliste, je voudrais d’abord reconnaitre que vos sources sont fiables car l’intégrité et les compétences de ce compatriote hors normes forcent mon admiration et mon respect c’est pourquoi sans vous emprunter le terme j’avoue volontiers être parmi de nombreux compatriotes ici au pays comme au niveau de la diaspora centrafricaine à souhaiter  que Karim Meckassoua (KM) accepte de répondre favorablement à ce rendez-vous avec le peuple car les élections à venir doivent consacrés la fin de l’amateurisme, du tâtonnement  et de la médiocrité qui a été longtemps érigé en système de gouvernement dans le pays de Boganda. L’histoire retiendra que ce pays pendant les soleils des indépendances a vu naitre et défilé de très grands hommes d’Etat à l’instar de Boganda, Goumba, Dacko et Bokassa. C’est pourquoi je ne crois pas à la malédiction ni à la fatalité à la seule condition de réussir le choix des hommes  qui doivent désormais présider à la destinée de notre peuple.

Meckassoua vous a-t-il donné son accord de principe ?

En dépit de ma proximité avec Karim, je pense que l’élection présidentielle est le rendez-vous d’un homme ou d’une femme avec son peuple et c’est un sujet tellement important qu’il ne me revient pas de prendre une décision à la place de l’intéressé qui vous fera connaitre sa position au moment qu’il jugera opportun.

En 2011 vous étiez candidat à la députation à Sibut, circonscription totalisant 106 villages. Une candidature qui ne vous a pas réussie devant le KNK de François de Bozizé représentée à cette époque par les Messieurs Ndomodakpa et son allié Wina. Fort de cette douloureuse expérience, seriez-vous de nouveau candidat à la législative prochaine à Sibut ?

Est-ce mes dernières interventions à Sibut qui vous poussent à me poser cette question ? Pour l’instant ce qui importe pour moi c’est d’aider d’une manière ou d’une autre à améliorer la situation de mes compatriotes en général et ceux de Sibut en particulier. Au moment venu, j’aviserai de l’opportunité ou pas d’être candidat.

Recueillis par Johnny Yannick Nalimo