Quand les filles musulmanes de Centrafrique parlent de la charia

Elles s’invitent au débat et veulent bien que leurs voix soient entendues par le président de la transition en Centrafrique, Michel Am Nondroko Djotodia, qui serait, selon les unes et les autres, le géniteur de ce problème de laïcité en Centrafrique quoiqu’on dise !

musulmanesElles sont nombreuses  à s’inviter au débat sur la laïcité quelque peu malmenée depuis la prise de pouvoir par les éléments de la seleka, et pour cause !

Le fameux projet d’instauration d’un régime islamique en Centrafrique, contenu dans cette correspondance du 17 avril 2012 adressée à l’Organisation de la Conférence Islamique par un certain Michel Djotodia Am Nondroko, président d’alors de l’UFDR.

« Je crois pour ma part qu’il n’y a jamais eu de problème du genre en Centrafrique. On en parle depuis que la Seleka a pris le pouvoir en Centrafrique. Je ne vois pas comment ils peuvent rejeter en bloc être à l’origine d’un problème aussi grave qui porte en lui-même les germes futurs d’une crise identitaire aux relents religieux. Le Chef de l’Etat Michel Djotodia peut beau nier être l’auteur de cette correspondance mais en tant que musulmane, je sais que cette idée a toujours fait son chemin dans notre milieu. Je suis musulmane de père et de mère et je suis bien une centrafricaine fière de l’être. Je suis respectueux des autres religions et c’est à contre cœur que je constate que la Seleka veut aujourd’hui nous diviser », a déclaré pour sa part, Djamila qui vient de soutenir sa maîtrise en droit à l’Université de Bangui.

Pour Mlle Aïcha, du Lycée des Martyrs, « il n’y a jamais de fumée sans feu. Si aujourd’hui il y a une méfiance entre nous, centrafricaines et centrafricains, c’est parce que la Seleka est arrivée. Bien sûr en tant que musulmane, ça me fait plaisir de voir que le président de notre pays est musulman mais cela ne doit pas être une occasion pour mes frères musulmans d’en profiter pour régler les comptes d’autres compatriotes qui sont chrétiens. On ne peut pas imposer à d’autres centrafricains de religion chrétienne de devenir musulman. Notre pays est laïc et je crois que c’est dans le respect mutuel que nous pouvons œuvrer au développement de la République Centrafricaine. Nous avions bien plus de problème à résoudre que ce problème d’instauration de la charia. Comme par exemple les tables-bancs qui manquent dans les salles de classe ou encore le surnombre d’élèves dans les salles. Franchement dit, Monsieur le journaliste, vous me voyez en train de mettre une voile et me promener avec dans le Lycée ? C’est dingue ça ».

Mais pour Mariam, vendeuse de bouillie au quartier Bazanga, elle est plus ferme : « Mon frère, depuis quand est-ce qu’on impose aux gens de se mettre une voile avant d’aller se promener. Je m’en moque car avec les jeans sexy, les hauts et autres body qui nous mettent en valeur, je ne me vois pas en tout cas dans les boubous des musulmans. C’est du bluff, je n’y crois pas un seul instant, ils n’y arriveront pas. Je suis musulmane mais je jouis d’une liberté totale qui me permet de mettre les « DVD » comme les autres filles de mon âge. Et si on veut me priver de cette liberté, ce sera la guerre ».

Maïmouna, la cinquantaine sonnée, tempère : « la charia, ce n’est pas si mauvais que cela. Elle permet d’honorer la femme qui n’est pas un objet. Mais, je crois que vouloir instaurer cette pratique dans un pays qui ne l’a jamais connu, serait très difficile. Je veux que les autorités de la Seleka, même s’ils sont musulmans, puissent respecter les autres compatriotes chrétiens. Nous avions toujours vécu ensemble et en parfaite harmonie, il ne faut pas aujourd’hui chercher, sous prétexte de ceci ou cela à nous diviser ».

Et Kadjidja de clore cette short- list en invitant le président Michel Djotodia à plus de réalisme : « le problème centrafricain, ce n’est pas la charia. Ils l’ont fait germé pour profiter de la naïveté des autorités de la communauté islamique afin d’avoir de l’argent pour s’acheter les armes qui nous tuent aujourd’hui. C’est vrai que, vu les souffrances endurées par nos compatriotes chrétiens qui ont fait l’objet de pillages, on comprend que la Seleka est véritablement hostile aux milieux chrétiens. Mais s’ils pouvaient se passer des chrétiens, pourquoi ont-ils nommé un premier ministre et des ministres chrétiens ? C’est la preuve que la laïcité de notre pays est non négociable et nos frères musulmans devraient le comprendre car nous avions plus que faim et la pauvreté en Centrafrique, devient de plus en plus inquiétante. Ils doivent s’attaquer à cela au lieu de nous divertir avec le fameux projet d’instauration de la charia dans notre pays qui n’en a pas besoin ».

Elles donnent le ton et attendent de pied ferme, la suite de cette bataille même virtuelle que voudraient mener les initiateurs de la charia en Centrafrique. Venant des filles musulmanes, le pouvoir Seleka devra se rendre compte que même au sein de la communauté musulmane de Centrafrique, on suit de très près, ce fameux problème d’instauration de la charia qui, comme l’a si bien dite Mlle Mariam, constitue une privation de liberté. Liberté de culte, comme prévue par la Constitution centrafricaine n’est-ce pas ?

Fleury Koursany

 

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