Qui contrôle vraiment la Centrafrique ?

Par Rodrigue NINGATA

Afin de bien évaluer les responsabilités des principaux acteurs qui maintiennent la Centrafrique dans la situation peu enviable où elle se retrouve aujourd’hui, il est essentiel dans un premier temps de mettre sur pied un organigramme fiable de la structure mondiale de prédation. Mais comme l’objectif final naturel de tout Centrafricain est de proposer des voies de sortie de notre état actuel, il est aussi nécessaire dans un deuxième temps de bien comprendre le système, ce qui bien sûr sous-entend les mécanismes qui nous maintiennent enchainés.

En effet, il est difficile de déconstruire de façon efficace et définitive un édifice dont on ne maitrise pas à la fois l’architecture et la mise en œuvre. Nous prendrons pour modèle, un organigramme avec 4 niveaux de responsabilités.

1. Les commanditaires et sponsors c’est -à -dire ceux qui financent les opérations.

2. Les architectes (c'est-à-dire ceux qui conçoivent, planifient, et recrutent les exécutants), les facilitateurs et les complices.

3. Les exécutants et les organisateurs sur place.

4. Les hommes de mains et les bras armés. En tenant compte du fait que les personnes des chefs d’Etat Centrafricain monopolisent le débat politique, nous allons modifier l’ordre de développement de notre analyse et commencer d’entrer de jeu par le niveau 3.

En effet, c’est à ce niveau (des exécutants) que se retrouve la quasi-totalité de nos présidents, et même la majorité des leaders politiques de le R.C.A. Les dirigeants Centrafricains: (des exécutants de moindre envergure) C’est la catégorie la plus exposée et visible car c’est elle qui traite directement avec le peuple; il est dont logique que la plupart des critiques leur soit destinées. Il faut reconnaitre qu’ils le méritent dans une très grande mesure, et à plus d’un titre. La majorité d’entres-eux est arrivée au pouvoir par usurpation et souvent au prix de l’élimination des vrais nationalistes (une élimination programmée au niveau 2 de l’organigramme, les architectes). Ce qui justifie d’une certaine façon qu’il leurs soit reproché un manque de patriotisme, de vision, de force de caractère, et d’engouement au travail. L’on a également raison de mettre à leurs comptes la corruption et tous les maux qui vont avec, à savoir: la mauvaise répartition des richesses qui deviennent d’un côté la propriété privée d’un clan, alors que de l’autre, la misère et le désarroi deviennent la réalité existentielle de la majorité du peuple dans l’indifférence apparemment totale de la petite classe des privilégiés. Comment en effet comprendre qu’en 50 ans, l’on n’ait pas réussi à régler les problèmes de mortalité infantile, et d’eau potable, pour ne citer que ces deux, alors que le montant des détournements suffirait largement à couvrir les dépenses nécessaires à la résolution de ces deux problèmes, et de bien d’autres encore.

Suggérer que la situation de notre pays serait exactement la même si les nationalistes étaient au pouvoir n’est pas non plus acceptable, sinon comment justifier tout le mal que les prédateurs se donnent pour justement empêcher que ces derniers accèdent au pouvoir? N’insultons pas la mémoire de ceux qui ont préféré mourir dans le combat plutôt que de signer des accords scélérats qui donnent le contrôle de nos ressources naturelles et humaines à nos ennemis. Nos opposants semblent ne pas valoir mieux que nos dirigeants actuels; pratiquement aucun d’entre eux n’ose dénoncer les accords de coopération inégaux, ou au moins en porter le débat sur la place publique.

La société civile devra d’ailleurs montrer plus de vigilance à l’égard des personnes qui par ambition politique ou pourquoi pas, par opportunisme envisageraient de briguer un mandat électif, sans donner en contrepartie la garantie d’un patriotisme sans faille. Un test d’authenticité devrait désormais leur être imposé. Tout candidat devrait dorénavant se prononcer très clairement sur les questions cruciales de souveraineté. Malgré tout ce qu’on peut dire de nos chefs d’Etat, il serait réducteur de faire d’eux les seuls responsables de nos malheurs, en effet, ceci reviendrait à minimiser le problème, ou à ne pas bien le saisir dans sa profondeur. C’est justement l’erreur que commettent en toute bonne foi beaucoup de personnes qui négligent de monter assez haut sur l’échelle des responsabilités.




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