Témoignage accablant : Pentecôte âgé de 4 ans a vu tuer son père dans les représailles du 26 septembre 2015 à Bangui

Kangbi-ndara.info / Aux premières heures des représailles sanglantes et meurtrières qui ont replongé la capitale centrafricaine dans de violences inouïes, plusieurs familles ont effroyablement vu mourir un des leurs et leurs bien partis en fumée dans les quartiers Bazanga, Malimaka, Sara et autres. C’est également le cas du jeune Pentecôte, âgé de 4 ans, résident le quartier Sara, dont le père et son frère ainé ont été assassinés le samedi 26 septembre 2015. L’enfant « traumatisé » a été conduit chez la communauté des sœurs des Castors dans le 5e arrondissement de Bangui. Les faits vécus par Pentecôte est rapporter ci-dessous par une soeur catholique.

MMM

Bonjour, comment vous-vous appelez ?

Je m’appelle Inès Badela   à la communauté des sœurs de Castors

Qui sont ceux qui vous ont amené Pentecôte ?

C’était samedi, et c’était vers midi lors qu’on était à table quand un groupe de jeunes a frappé à nos portes. La sécurité nous a fait part de leur préoccupation et aussitôt je suis sorti à leur rencontre. Ces  jeunes m’ont présenté un petit enfant traumatisé qui pleurait sans arrêt avec du sang frais sur sa culotte. Les jeunes m’ont dit qu’il vient de voir mourir son papa et son grand frère au quartier Sara. Ils disaient conduire l’enfant chez nous parce qu’ils ne savaient à qui le confier avant de retrouver certaines membres de sa familles. C’est ainsi que nous avons accueilli l’enfant chez jusqu’à ce que ses deux sœurs étaient venues le chercher.

Qu’est-ce que l’enfant vous a dit de ce qu’il a vécu ce jour ?

Il nous a expliqué que sa mère était sortie tôt ce matin. Qu’il était avec son père, son grand frère en train manger des tubercules de manioc quand soudain un groupe de musulmans fait son entrée dans leur concession. Voyant les musulmans avec des armes blanches en main, son papa et lui ont pris aussitôt pris la fuite en direction de la chambre tandis que son grand frère fuyait dans une autre direction mais le frère ainé a été vite pris par les agresseurs qui ont commencé à le poignardé. Ensuite, un autre groupe les a poursuivis dans la chambre où ils ont tiré son papa de sa cachette pour le poignarder et le découper avec des machettes. L’enfant dit avoir la vie sauve car sa petite taille lui a permis de glisser des mains de ceux qui voulaient lui mettre la main dessus.

Vous avez dit que l’enfant était « traumatisé » qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Effectivement il était traumatisé parce qu’il pleurait sans arrêt et répétait sans cesse « les musulmans arrivent » dès qu’il voit une personne venir dans notre direction. Je l’ai pris dans mes bras pour le calmer mais il pleurait toujours. Puisque nous étions à table, on lui a présenté à manger mais il a refusé. On a essayé de lui enlever son pantalon taché de sang, il a refusé. On lui a dit de rester avec les agents de sécurité qui étaient avec nous il a dit que ce sont des musulmans. Donc nous avons compris qu’il présentait des traumatismes car dans sa tête les personnes qui ont assassiné ses parents sont partout. C’est en soirée qu’il a accepté qu’on lui change de prendre une douche et qu’on lui change ses vêtements.

Avez-vous vérifié que son père était réellement assassiné ?

Le dimanche un monsieur s’est présenté à nous comme l’ami du père de Pentecôte. Avec ce monsieur nous avons passé plusieurs coups de fil pour avoir enfin le contact de ses deux grandes sœurs. Ce monsieur nous a dit que les jeunes du quartier ont réussi à extraire le corps du père de Pentecôte qu’ils ont déposé à la morgue. Nous étions voir le corps à la morgue mais c’est horrible.  Il était tout ensanglanté et défiguré.

Et vous avez remis Pentecôte à ses sœurs ?

Oui, l’enfant a reconnu ses sœurs à leur arrivée et il nous a dit qu’il se sentait mieux avec elles. Donc, nous avons soumis un formulaire à ses deux sœurs qu’elles ont signées. Nous savons où ils sont et régulièrement nous les contactons pour avoir les nouvelles du petit.

Que pensez-vous de la culture de violence développée ces trois dernières années en Centrafrique ?

En tout cas c’est triste qu’un enfant voit mourir les membres de sa famille. Le peuple centrafricain doit se surpasser pour cultiver le pardon et la réconciliation au lieu de cultiver la violence pour en faire des veuves et des orphelins. La vie à une valeur inestimable. La violence ne nous mènera nulle part.

Je vous remercie sœur Inès

Merci…

Recueillis par Johnny Yannick Nalimo

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