Tribune : Le narcissisme et une Transition à toile de fond opportuniste et hasardeuse : Une autre opportunité d’un départ manqué

En 2011 à Daegu, l’octuplé champion du monde, le sprinter Jamaïcain Usain Bolt fut disqualifié de la finale de 100 mètres pour faux départ. Une erreur certes, pourtant excusable quelques années plutôt par l’octroi d’une deuxième chance. Mais les règles ont changé ou évolué dans le sens d’une sanction suprême basée sur l’ultime erreur : le faux départ éliminatoire.

Innocent MpokoLa transition de 2003, qui devait constituer une remise en cause profonde de notre cocktail politique n’a pas su creuser et extraire la mauvaise tumeur, le narcissisme.  C’était peut être une erreur excusable une décennie avant, mais aujourd’hui, les règles ont changé. Plus d’erreurs excusables. C’est donc sur la base de ce postulat de rigueur que cette troisième transition, vieille d’une année,  devait être conduite en tant que point de départ de notre bond socio-économique,  après une éternité de reculs,  pour enfin embrasser un début d’élan de développement. 

En effet, l’élan pour un véritable développement durable doit être assis sur un capital humain conscient des défis à relever,  et une génération préparée et disposée à changer le cours de l’histoire à travers une relecture contemporaine des balbutiements des générations antérieures, sur la base d’une prisme pragmatique en transcendant le moi égoïste, source de frustration et de discrimination, au profit d’intérêt collectif national, couronné d’une redistribution équitable des ressources collectives.  C’est à travers cette prise de conscience et une projection réaliste autour d’un projet de société  conséquent, que la Chine, pays sous développé s’est hissé au rang des élites en brisant le système de développement basé sur un pilotage à  vue.

C’est aussi à travers cette  prise de conscience qu’un jeune africain, au nom d’intérêt collectif a su, dans un passé récent et un temps éclaire, changer la mentalité d’une génération toute entière sur la base d’une contrainte individuelle et collective, avec pour finalité la consécration d’intérêt général.   Malheureusement, le guideline qui a conduit le Burkina Faso(de Thomas Sankara) à sortir de sa léthargie d’entant n’a point servi de repère  aux autres, comme la république centrafricaine,   pays pauvre, parmi les plus pauvres d’ailleurs, qui devait avec abnégation faire de la rigueur le mode de gestion de la chose publique, surtout pour cette période de transition, en imposant violence sur soi, suivant une  austérité absolue de gestion, en vue de garantir non seulement  une rapide sortie de crise, mais aussi et surtout, de baliser un model de conduite et de gestion, suivant une discipline de rigueur . En d’autre terme, cette transition devait sceller la fin de notre faillite collective, et sonner ou marquer  le strarting point d’une autre politique de gestion, la bonne.  

 Mais le constat est très alarmant aussi bien de la gestion du capital humain que de la volatilisation des maigres ressources financières que disposent les autorités de transition.  Le mobile est simple. L’absence de patriotisme contre la promotion égoïste du moi d’une part, et l’inobservation patentée d’une austérité dans la gestion des ressources de transition d’autre part. Tout comme si le cycle de balbutiement ou  le déjà vu n’a point atteint son paroxysme.

En effet, l’ascension exponentielle d’intérêts égoïstes constitue le mal immédiat du recul ou de la régression de la RCA depuis presque la moitié d’un siècle. Et en l’absence d’une prise de conscience réelle en vue d’une tentative de redressement, seule la contrainte  peut changer le cours de l’hémorragie. Il s’agit en effet de contraindre toute âme égocentrique, ou éprise d’intérêt personnel égoïste à se conformer  à l’intérêt commun, celui de la nation toute entière. Il ne s’agit pas ici de combattre toute recherche d’intérêt égoïste sur fond de commerce privé, mais plutôt celui fondé sur l’enrichissement injuste sur fond publique, couplé  d’actions calculées pour un retour de crédit pécuniaire ou de positionnement au détriment d’intérêt général et désintéressé.

Mais comment combattre ces pratiques ?

Dans la « révolution agraire chinoise et les pays sous-développés », Chen Chi-Yi a précisé que « l’homme qui ne sait pas sortir de lui-même et qui place son propre intérêt avant tout ralentit la mise en valeur de la nation et du monde en souffrance : il faut le contraindre ». Cette réflexion ou affirmation,  née du communisme chinois doit être mise en valeur dans la gestion et l’appréciation de la gestion de la chose publique en tout temps et en tout lieu en Centrafrique afin de prétendre à une tentative de modification de comportement et d’habitude, bref ! de mentalité. C’est ce que certains appellent révolution, telle qu’expérimentée au pays des hommes intègres, le Burkina Faso de Thomas Sankara, et qui continue d’accoucher ses effets positifs a la lumière de la récente révolution bis,  bien que la pratique contemporaine s’éloigne de plus en plus de cet idéal. Mais il n’est point question ici de la transposition intégrale  de la révolution Sankarienne et  Maoïste, mais plutôt de l’esprit ou du but recherché par ceux-ci, celui du changement radical des mentalités et de l’auto censure ou de l’exercice de  jugement personnel quotidien en faveur d’un épanouissement collectif.

Mais un clin d’œil sur l’histoire de la RCA nous révèle d’ailleurs que la contrainte collective en vue de la consécration d’intérêt collectif national a déjà été expérimentée. Pourtant, ce laboratoire d’expérimentation d’idées et de pratiques novatrices n’a pas profité à la république. De la conférence nationale souveraine à la transition avec exclusion des acteurs focaux de la transition à prendre part aux échéances électorales, la RCA vient encore d’inventer et d’inscrire sur la liste de modes de gestion de crises, un autre model que peut servir la communauté internationale. Mais il y’eut également un temps où la RCA a su faire usage de cette contrainte « communiste » avec effet positif  immédiat, mais reconvertie très vite en culte de personnalité, qui n’est rien d’autre qu’une autre promotion du moi, donc contraire « à la mise en valeur de la nation », hautement voulu et expérimentée par la chine d’antant. Toutefois,  et bien que la mise en œuvre de la contrainte collective expérimentée sous le règne de Bokassa s’est dissociée (vers la fin) de l’ultime objectif de développement basé sur l’intérêt général, les résidus de ce patriotisme ambiant demeurent et s’illustrent aujourd’hui  dans ce que nous pouvons encore appeler  ville de Bangui.

Le 24 mars 2013 était tant attendu aussi bien par l’ensemble de la classe politique centrafricaine que par le peuple tant martyrisé par la cohorte de la bande Orange et sa suite.

Mais au delà du simple  changement d’individu, ovationné d’ailleurs  en son temps par le  peuple centrafricain, en signe  d’octroi d’un quitus ou cheque à  blanc au principal acteur du changement en vue de mettre un terme à  l’agonie perpétrée par le régime patriarcale défunt, ayant la paternité et l’accumulation de toutes les hérésies qui défient l’ignominie la plus ignoble, le peuple centrafricain s’attendait à un autre mode de gestion de l’état.

Mais aujourd’hui encore, le changement semble se résumer à un simple changement d’homme qu’a celui de mentalité, devant  produire d’effets induits positifs d’une révolution. Hélas !  Les mêmes errements tant décriés par les acteurs de changement deviennent pratiques courantes de la cité.

De la gestion quasi commerciale du trésor public aux nominations hasardeuses et tribales dans les ministères et organismes publiques et  parapubliques, la triste histoire récente continue de balbutier pendant que le  peuple lésé, continue de crier au secours pour un autre changement, qui viendrait certainement des délaissés des précédents changements, pour en susciter d’autres frustrations et élargir le cycle de changements et des frustrés. La récente affaire dit  « angola gate »  illustre a suffisance le difficile chemin de croix à parcourir avant la terre promise. Et tout ce cirque cauchemardesque est concocté avec la bénédiction de la communauté internationale qui  prêche les principes sacro-saints de bonne gouvernance et toutes ses vertus, mais qui s’illustre dans les travers comme si ses principes étaient assortis d’exceptions.  

Au trésor public, les mêmes pratiques tant décriées pullulent.  Les gestionnaires du trésor publique se sont transformés en opérateur économique circonstanciel, s’auto octroyant des marchés pour se faire payer suivant leur propre calendrier. Les mêmes trésoriers Payeurs Généraux, longuement  trempés dans de multiples scandales financiers continuent d’avoir la bénédiction des hommes censés changer les mentalités, et faire asseoir une autre vision de gestion. Alors que le pays demeure sous perfusion financière constante des puissances étrangères et organisations sous régionales et régionales, avant le rétablissement des régies financières sous contrôle de nos encombrants  pèlerins  qui hésitent de rebrousser chemin, une gestion orthodoxe de nos maigres recouvrements devait s’imposer sans protocole particulier.

 

Innocent Mpoko

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