Tribune : « nous devons plus que jamais nous unir », le conseiller national Innocent Mpoko

 

Pour la reconquête de notre paix sociale ébréchée

Innocent Mpoko

Le 22 mars 1956, en pleine effervescence du mouvement de lutte pour la liberté et l’égalité des noirs américains, Martin Luther King fut condamné pour avoir organisé le boycott  « illégal » mais pacifique  de Montgomery, sans céder aux multiples agressions de l’ennemi.

Nous ne voulons pas ici, par cette illustration exhumer  l’histoire de lutte qui a marqué le combat pour la liberté et l’exercice de droits civiques mené par les américains noirs suivant une démarche idéologique diamétralement opposée entre lutte pacifique d’une part, avec pour pionnier Martin Luther King, et l’exercice de la violence par tous les moyens d’autre part, avec pour leader Malcolm X, dauphin de Elijah Muhammad . Mais Nous voulons par contre faire rétablir la primauté de la lutte pacifique contre l’expression effrénée et passionnée de force comme mode de règlement de conflits quel que soit le mobile.

Nous voulons par ailleurs nous interroger sur le nouvel élan ou le starting-block devant propulser notre égo, fondé sur le « tous pour un, un pour tous », avec pour dénominateur commun l’unique et indivisible Centrafrique dans sa diversité confessionnelle, ethnique et culturelle, hautement forgée depuis la nuit des temps sur le socle et l’héritage  de paix, de tolérance et de cohabitation,  même avec les non autochtones, mais épris des mêmes valeurs indistinctement partagées par tous. 

Mais aujourd’hui, et nulle ne doute d’ailleurs, que cet héritage d’unité commune, véritable atout de paix, est compromise dans sa fibre profonde, au point d’entamer la cohabitation dans la diversité d’ethnies et de religions, chèrement greffées à notre appartenance à la nation centrafricaine. Car, le barbare ou l’étranger, a réussi à se faire une brèche en notre sein, dénichant les arcades de notre vicissitude cachée,  pour nous affaiblir et nous détruire de l’intérieur, usant à son profit nos démêlés politico-ethniques, nos différences confessionnelles,  notre insatiable appétit égoïste sur fonds de commerce clanique et partisan, massacrant et martyrisant par-dessus tout le véritable détenteur du pouvoir, le peuple.

Mais comment faire pour préserver et se réapproprier de nos valeurs de paix et de cohésion sociale sévèrement ébréchées ?

Lorsque la nation est meurtrie dans sa fibre profonde, et le pays au bout de l’abîme, une seule alternative s’impose : celle de repartir sur une base saine suivant une démarche novatrice en vue d’éviter le balbutiement ou les errements de l’histoire. Dès lors, la conviction et la détermination autour d’un objectif commun doivent habiter chacun de nous, et singulièrement les autorités de la transition car, « Nous avons besoin d’un peuple plutôt convaincu que d’un people vaincu » disait Thomas Sankara. Mais nous avons plus que jamais besoin de nous unir autour de l’étendard de notre patrie, la Centrafrique en vue d’extirper à l’unisson toute supercherie de division, en ayant  l’assurance que, « là où il existe une véritable unité, chaque tentative de désunion ne sert qu’à renforcer l’unité ». D’ailleurs, la triste récente actualité française est illustrative lorsque François Holland déclarait, dans son adresse à la nation française en réponse à l’attentat terroriste  contre Charlie Hebdo,  que « notre meilleure arme, c’est l’unité…….. ».  

Pour surmonter le cycle de tsunami de violence que nous continuons d’endurer, nous devons plus que jamais nous unir pour poncer et cicatriser nos blessures physique et moral, et surtout pour faire front et refuser énergiquement de céder à l’impérialisme dans tout son complot destructeur et de division pour la perpétuité de son hégémonie de soumission et de domination.

Mais au-delà du crédo de l’unité, nous devons réapprendre l’éducation individuelle et collective de tolérance. C’est l’exemple démontré par MLK après sa condamnation du 22 mars 1956 lorsqu’il déclarait « j’étais fier de mon crime. Le crime d’avoir uni mes forces à celles de mon peuple pour une action non violente……… . Le crime d’avoir cherché à convaincre mon peuple que la non coopération avec le mal est tout bonnement un devoir moral autant que la coopération avec le bien ».

C’est ce travail de rééducation  collective aux vertus de la tolérance qui, in fine pourra sauvegarder les quelques tessons de cohésion encore disponible et redonner le sens graduel du vivre ensemble dans l’espoir d’éviter que le reflet de nos actes de ripostes ne détruise ce dont nous voulons préserver, c'est-à-dire la paix et l’unité nationale.

C’est cette démarche pacifique et unificatrice que nous devons, chacun en ce qui le concerne,  confesser, divulguer et pratiquer, sans pour autant nier l’expression odieuse des crimes commis,  au lieu d’une éventuelle réplique proportionnellement violente c'est-à-dire l’extériorisation de la peine subie et son transfert sur l’agresseur initial dans l’espoir de créer un équilibre de force. Une recherche perpétuelle d’équilibre de force qui ne peut que perpétuer le cycle de violence.

Dès lors, si le dialogue politique  se présente comme une panacée à une sortie définitive des crises récurrentes dans notre pays, nous ne devons permettre aucune brèche d’erreur afin d’éviter les prédispositions  latentes et manifestes des uns et des autres à se réincarner en leur bourreaux, exaltant par reflex ou non les mêmes tars décriées. Autrement dit, toute légèreté ou impréparation de ce futur dialogue, le relèguerait au même rang des tristement célèbres forums antérieurs, avec le risque d’une résurrection avenir des mêmes symptômes, peut être aussi résistant que les remèdes non adéquats longtemps administrés.

C’est pourquoi le dialogue à la base, c’est-à-dire le dialogue de proximité au chevet de véritables victimes innocentes doit absolument précéder le conclave d’un microcosme, vieillissante et éternelle classe politique, simulant à volonté la sainteté en vue d’une éventuelle absolution de ses péchés. 

Mais ne nous faisons pas d’illusion ; le dialogue à venir n’est pas encore la terre promise. Autrement, on s’y serait déjà avec le chapelet de dialogues dans notre répertoire. Le dialogue n’est que le point de départ d’un choix difficile, mais hautement républicain de creuser, pas dans le but d’extraire nos précieuses et convoitées pierre précieuses, mais plutôt pour extraire la tumeur qui nous ronge de l’intérieure et qui se refuse de se détacher de nous.   

 

Innocent Mpoko

 

      

Comments

comments