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Centrafrique: concertation des candidats à l’élection présidentielle, ce qu’il faut en savoir

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Kangbi-ndara.com / Plus d’un mois après la mise en place de la Concertation des Candidats à l’Election Présidentielle (CCEP), qui regroupe quatre candidats déclarés, ils sont nombreux – les Centrafricains à se poser la question sur l’importance sinon le rôle de cette nouvelle plateforme de l’opposition démocratique centrafricaine.

image goumba nedounga sako gastonWilibiro Sako, Gaston Mandata Nguerekata, Crépin Mboli-Goumba et Joseph Bendounga sont à ce jour, les quatre candidats qui ont décidé à leurs corps défendant de mettre en place cette concertation.

S’agit-il d’une autre nébuleuse comme l’opposition dite démocratique centrafricaine sait en créer ? Quels sont les dessous de la mise en place d’une telle structure ? Vise-t-elle à soutenir la candidature unique d’un des membres qui la composent ? Autant de questions qui laissent pantois plus d’un centrafricain qui se perd en conjectures quand on sait que dans ce pays de paradoxes et de records négatifs comme l’avait toujours dit, feu Me Zarambaud Assingambi, l‘imagination et si fertile quand il s’agit de créer mais stérile quand il est question de passer à l’acte. Autrement dit, peut-on aisément conclure que les Centrafricains sinon la classe politique est très douée lorsqu’il est question de théoriser alors que la réalité nous démontre que le pragmatisme politique a toujours été le talon d’Achille de cette classe politique en totale perte de repères. Hélas !

C’est quoi la CCEP ?

En décidant de créer la CCEP (Concertation des candidats à l’élection présidentielle), ces promoteurs avaient à l’idée d’anticiper sur un certain nombre de choses qui, si on n’y prend garde, risqueraient for bien de conduire la République dans une impasse. Impasse qui de manière concrète s’apparente dans le cas centrafricain à ce vide constitutionnel qui se profile à l’horizon même si aujourd’hui on feint du côté des pouvoirs publics de le reconnaître. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que  le rouleau compresseur s’est naturellement déroulé et le compte à rebours a nettement commencé. D’ici août 2015, date censée clore cette transition tumultueuse puisque sans tête ni queue, organiser des élections jugées libres, démocratiques et transparentes s’apparente sans aucun doute au mythe de Sisyphe. Quand allons-nous restaurer la sécurité pour permettre l’identification des électeurs, étape primordiale dans ce processus ? A cette question somme tout banale mais d’une importance capitale, même le président de l’ANE (Autorité Nationale des Elections) ne saurait y répondre. Naturellement, on aura droit ici à une sorte de bégaiement avec en toile de fond, l’épineuse question de financement du processus électoral, Et c’est là tout l’enjeu qui a déterminé quatre candidats à ladite élection présidentielle à sortir de leur carcan pour proposer des solutions centrafricaines à ce qui se dessine déjà sous nos yeux.

Poser la question du financement des élections présidentielle et législatives en République Centrafricaine à la communauté internationale, elle vous dira que les fonds sont disponibles mais qu’est-ce qui bloque ? La sécurité répondra certains des plus pessimistes même si les plus optimistes retoqueront qu’en Afghanistan, l’un des pays les plus dangereux de la planète en terme d’insécurité, il y a eu pourtant des élections, qu’au Mali en Afrique de l’Ouest où les djihadistes ont failli s’emparer du pouvoir, n’eut été l’opération Serval, il y a eu aussi des élections présidentielles et législatives.

Bref, tout comme en Afghanistan ou le Mali, en Centrafrique, des scrutins présidentiels et législatifs peuvent aussi être organisés. Mais avec des grenades et autres armes de petits comme de gros calibres en circulation dans un pays divisé en combien – on ne sait et contrôlé pour une bonne partie par les milices, le citoyen lambda reste dubitatif quant à l’organisation des échéances électorales. Nonobstant cette situation chaotique, il faut aujourd’hui – et reconnaissons-le – organiser des élections pour doter la République, d’institutions et autorités à la légitimité incontestable pour conduire à bon port, le bateau centrafricain qui a chaviré et qui, plus de deux ans après, tangue et virevolte au gré du vent. Et dans le cas d’espèce, point n’est besoin de rappeler que cette situation abracadabrante fait l’affaire de certains homme et femme politiques centrafricains qui militent en coulisses pour que la transition dure éperdument. Mais au-delà d’août 2015, doit-on, une nouvelle fois, proroger la transition comme cela a été fait au mois de février ?

A cette question, c’est l’article 102 de la Charte constitutionnelle de la Transition qui répond : « La durée de la transition est de dix-huit (18) mois, portée à vingt-quatre (24) mois sur avis conforme du Médiateur ».

Et l’alinéa 2 apporte la précision suivante : « En cas de nécessité, la durée de la transition peut être examinée par la Conférence des Chefs d'Etat et de gouvernement de la CEEAC sur proposition conjointe et motivée du Chef de l’Etat de la Transition, du Premier Ministre et du Président du Conseil National de Transition… ».

Or, cela se sait que l’ancien président Michel Djotodia avait prêté serment au mois d’Août 2014 et a géré le pays 6 mois avant d’être contraint à la démission au mois de janvier 2014. Cela sous-tend que la transition a débuté au mois d’août 2014 et devrait logiquement prendre fin au mois de février 2015 par l’organisation des élections. Mais comme le calendrier initial n’était pas tenable, la durée de la transition a finalement été prorogée de 6 mois, et donc jusqu’au mois d’aout 2015.

L’approche CCEP

A l’allure où vont les choses, il est évident que les élections – sauf circonstances exceptionnelles ne seront pas organisées et on se retrouvera, cette fois-ci, devant un mur qui aura pour nom, vide constitutionnel. Et c’est là où les choses seront compliquées si une solution n’est pas trouvée d’ici là. C’est donc pour éviter ce vide constitutionnel qu’est née l’idée de la CCEP qui, in fine, devra proposer une solution centrafricano-centrafricaine, comme le soutenaient les promoteurs de cette plateforme de l’opposition démocratique Centrafricaine. 

Au détour d’une démonstration mathématique, Gaston Mandata Ngerekata du PARC persiste, signe et assomme les autorités de la transition. « Si vous remettez votre véhicule à un chauffeur et qu’il commette un accident avec, vous allez vous dire que c’est un incident. Vous allez certainement le réparer et le lui confier une deuxième fois. Mais s’il commet encore un autre accident, la troisième fois, vous réfléchirez par deux fois avant de lui confier à nouveau votre véhicule n’est-ce pas ? », avait-il précisé. Autrement dit, une première fois, selon M. Ngerekata, Samba-Panza a eu la chance de diriger durant un an la transition avec pour mission de restaurer la sécurité et organiser des élections présidentielle et législatives. Elle n’y est pas parvenue. Une deuxième fois, elle a encore eu cette chance au regard de la Charte constitutionnelle pour continuer à diriger le pays afin d’organiser les élections. On sait tous qu’elle n’y arrivera pas dans le délai imparti. Mais devra-t-il en être pour autant une troisième fois et infiniment ?

Question pertinente à laquelle répond Me Crépin Mboli-Goumba, président du PATRIE : « il est hors de question de reconduire sans filtre, une équipe qui a failli ». Puisqu’en principe on ne change pas une équipe qui gagne, naturellement celle qui a échoué nonobstant le rachat de la communauté internationale, devrait être remerciée. Ce qui sous-tend qu’au-delà d’août 2015 puisque l’organisation des élections sera problématique, toutes les forces vives de la nation, selon les promoteurs de la CCEP, devraient se réunir pour décider de la suite à donner à la transition. Et c’est en cela que l’approche de la CCEP paraît originale. Il appartiendra alors aux centrafricains de décider de ce qui adviendra de leur pays et non subir une nouvelle fois, les diktats de la communauté internationale comme il en a été le cas.

Et cette approche qui a déjà été expérimenté en Centrafrique en 1992, mentionne Ngerekata, c’est de former un collège de candidats et autres personnalités avec des objectifs précis pour diriger la transition, vu que l’équipe dirigeante actuelle préfère s’accommoder du statu quo pour perdurer éternellement la transition. Proposition pertinente à plus d’un titre mais faudrait-il encore que les uns et les autres puissent s’y adhérer ? Dans un pays où le dialogue a toujours manqué, où l’exclusion est le maître mot, rajoute Crépin Mboli-Goumba, se parler pour débattre ensemble et sans rancune des maux qui minent notre pays, est primordial.

Au-delà des clivages politique, ethnique et régionales, précisait Joseph Bendounga et Jean Wilibiro Sako, dans le contexte actuel, aucun parti politique responsable ne peut s’enorgueillir de disposer des compétences lui permettant de se passer des autres afin de redonner espoir à la République. C’est pourquoi, dans l’unité qui fait la force, naîtra le renouveau tant espéré des Centrafricains. Tout cela, pour une certaine manière d’être Centrafricain.

Chantal Kpèmsèrè