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Sanctions nationales et internationales contre Bozizé: la crédibilité de l’homme du 15 mars est largement entamée

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C’est le vendredi 09 mai 2014 que le Conseil de sécurité de l’ONU avait décrété des sanctions contre l’ex-président centrafricain François Bozizé Yangouvonda, en exil au Bénin après son renversement par la rébellion dénommée Coalition séléka dirigée par Michel Déya alias Djotodia Am-Nondroko, ainsi que contre deux chefs de milices responsables des violences en Centrafrique: Nourredine Adam, de la coalition séléka, et Lévi Yakété, de la milice anti-balaka. Les sanctions consistaient en un gel des avoirs et une interdiction de voyager.

Une sanction internationale lourde et méritée

Par cette sanction, ces chefs de guerre centrafricains sont placés pour la première fois sur une liste noire depuis que l’ONU a adopté un régime de sanctions contre la République centrafricaine (RCA) en décembre 2013.

Il convient de rappeler que cette décision de sanction a été retardée pendant plusieurs semaines par la Russie et la Chine. En effet, les deux pays réclamaient du temps pour examiner ces dossiers; ils ont finalement donné leur feu vert.

Outre François Bozizé, le Conseil de sécurité a sanctionné Nourredine Adam, un des chefs de l’alliance majoritairement musulmane Séléka, qui avait pris le pouvoir en mars 2013, et Lévy Yakété, un proche du président déchu qui dirige les miliciens chrétiens « anti-balaka », coupables de nombreux actes de violence contre la population musulmane.

Le Comité de sanction de l’ONU a accusé les trois hommes « d’avoir commis ou soutenu des actes qui vont à l’encontre de la paix, de la stabilité et de la sécurité en République centrafricaine », pouvait-on lire dans le communiqué officiel de l’ONU.

Le comité des sanctions du Conseil de sécurité avait expliqué le cas Bozizé par le fait qu’il « fournit un soutien matériel et financier à des miliciens (…) qui cherchent à le ramener au pouvoir », c’est-à-dire des anti-balaka et d’anciens membres de l’armée centrafricaine constituée en majorité des ressortissants de son ethnie..

Levy Yakété, un proche de M. Bozizé avant le coup d’Etat, créateur et coordonnateur en chef de la première milice officielle pro-Bozizé dénomme COCORA, a été accusé d’avoir ordonné l’arrestation de personnes liées à la Séléka et d’avoir organisé la distribution des machettes à de jeunes chrétiens et animistes au chômage pour attaquer les musulmans.

L’un des principaux dirigeants de la Séléka, Nourredine Adam, avait pris après le coup d’Etat la tête des services de renseignements du nouveau régime. Il s’est rendu coupable, selon l’ONU, d’arrestations arbitraires, de tortures et d’exécutions sommaires. Il « dirige activement » les anciens rebelles et supervise les attaques contre les quartiers chrétiens, selon le comité de sanction ».
Un cas pathétique

De tous ces sanctionnés, le cas Bozizé est vraiment pathétique. Il va de sanction en sanction depuis 1982 après son vrai faux coup d’Etat contre le général-président André Kolingba à l’époque. A cause de lui, des localités et villages entiers de l’Ouham et de l’Ouham-Pendé ont été rasés, des paysans morts calcinés, des champs, greniers et plantations entiers partis en fumée en 82 et 85. Beaucoup de gens étaient morts souvent innocemment à cause de l’aventure politique de Bozizé.

Et comme si cela ne suffisait pas, il est reparti en aventure une nouvelle fois sous le président Ange-Félix Patassé, celui-là même qui l’avait fait sortir de sa misérable vie de chauffeur de taxi-brousse communément appelé Air Yalanga, en le réhabilitant dans l’armée, en le nommant successivement Inspecteur général des armées puis chef d’état-major général de l’armée, et en le nommant général de division. C’était le grand bonheur de 1996 à 2001, année où son coup d’Etat bien préparé a été découvert et dénoncé. Il prit encore fuite en début novembre 2001 (il est un grand champion de marathon de brousse). Son dossier judiciaire particulièrement épais après son entrée dans Bangui en octobre 2002 pour tenter de prendre le pouvoir, est toujours entre les mains de la Justice. Il est à penser que la démarche entreprise récemment par son parti le KNK auprès de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme (LCDH) visait à « négocier » ou pleurer auprès du magistrat hors hiérarchie Joseph Bindoumi pour que ses trois dossiers judiciaires très lourds soient « disparus ».

En effet, ce n’est un secret pour personne que Bozizé tient à être candidat à la présidence de la République mais des affaires judiciaires auxquelles il est impliqué risquent de le rattraper d’un moment à l’autre aussi bien au niveau de la Cour pénale internationale (CPI) que de la Cour pénale spéciale (CPS), et M. Bindoumi, président de la LCDH, maîtrise très bien ses affaires. C’est lui qui était le président de la Commission d’enquêtes judiciaires mise en place après les évènements du 28 mai 2001 et qui a poursuivi ses travaux après la tentative étouffée du coup d’Etat de Bozizé et sa rébellion qui a provoqué des morts, des destructions des biens d’autrui tant à Bangui que dans la périphérie de Bégoua et dans l’arrière-pays. Bindoumi était à l’époque le « chasseur de l’homme » sur le plan judiciaire.
Boz le multirécidiviste

Le même Bozizé va récidiver avec des crimes, pogroms et de graves et massives violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commis par ses nombreux agents d’exécution dans le nord, le nord-ouest, le nord-est, le centre-nord du pays, du temps où il était chef d’Etat, du 15 mars 2003 au 24 mars 2013. Tous ces crimes ont fait l’objet de minutieux travaux de documentations des organisations internationales de défense des droits de l’homme telles que la FIDH, l’International crisis group, Amnesty international, Human rigths watch, lesquelles ont bénéficié d’une efficace collaboration de la LCDH pour produire des documents de première main. Ce n’est donc pas pour rien que le KNK de Bozizé est allé faire les doux yeux au président de la LCDH.

Mieux encore, ce n’est pas un secret pour la LCDH et es partenaires internationaux que le président Bozizé était le commanditaire de l’assassinat de Me Goungaye Wanfio Nganatoua, alors président de la LCDH, en décembre 2008, sur l’axe Sibut.

Bozizé vouait une haine viscérale pathologique contre ce grand défenseur des droits de l’homme qui est pourtant son frère de région. Le corps de ce dernier a été exhumé et transféré en France pendant la transition pour des examens balistiques. Les résultats des examens auraient conclu à un assassinat par armes, selon plusieurs sources dignes de foi. Tout cela pèse sur la conscience de François Bozizé (si conscience il a).

Et ne parlons pas du décès de son ancien allié Charles Massi, des paysans de Paoua, Bocaranga, Markounda, Kabo et autres, tués froidement par des hommes missionnés par le chef suprême des armées qu’était François Bozizé. Un de ses dangereux lieutenants et agents d’exécution avait reçu le sinistre sobriquet de «le boucher de Paoua», je veux nommer Eugène Ngaïkoesset. Tous ces dossiers sont entre les mains de la LCDH, cette association que Bozizé maltraitait, négligeait et menaçait de mort. N’a-t-il pas honte d’aller chez le président de la LCDH pour présenter sa cause? Véritable ironie de l’histoire.

La prison d’exception que Bozizé avait installée à Bossembélé, et que les Centrafricains appelaient ironiquement le « Guantanamo », où étaient emprisonnés les gens que Bozizé et sa famille (enfants, femmes, parents) détestaient, est encore l’une des tristes réalisations de l’homme du 15 mars. Les Charles Massi, Venant Magna, Quentin Gohoutou, Moussa Wiyawindi et plusieurs autres, y étaient passés. Certains, pour ne plus sortir vivants !

On le voit, Bozizé est un passionné du crime. La mort des autres est son suprême plaisir. Il a fait tuer son sauveur Patassé en l’empêchant de sortir le plus tôt du pays pour aller se soigner à l’extérieur. Comment un tel personnage peut-il aujourd’hui oser parler et aller vers le peuple comme s’il était un saint alors qu’il a été, durant son règne, le bourreau du peuple? Bozizé croit-il que les Centrafricains sont tous des demeurés ou des amnésiques pour oublier tout le mal qu’il leur avait fait et continue de faire d’ailleurs à travers ses miliciens anti-balakas transformés actuellement en braqueurs et bandits de grand chemin?

Si par malheur, François Bozizé revenait au pouvoir, les Centrafricains seront-ils crédibles aux yeux de l’opinion et de la communauté internationale?

Merci qu’il est de retour à Bangui. Sa place véritable est en prison. Sinon, préparons suffisamment nos larmes pour pleurer nos morts, et des citernes et futs pour collecter nos larmes.
Affaire à suivre.
SOURCE : MEDIAS+ 08/05/2020